Benoît Mernier, un parrain très présent Serge martin dans Le soir
Le compositeur et organiste belge sera sur tous les fronts au Festival de Wallonie 2008. Un portrait très complet de sa personnalité.
Benoît Mernier parraine une édition placée sous le thème des
« Chants de la Terre ».
ENTRETIEN
Cédric Tiberghien vient de créer son concerto pour piano et orchestre durant la journée bruxelloise d'avant-première du Festival de Wallonie. L'Opéra du Rhin reprendra, en septembre, son Frühlings Erwachen créé à la Monnaie en mars 2007. Benoît Mernier est le compositeur qui monte en Communauté française. Mais il se double aussi d'un organiste talentueux. Il a accepté d'être le parrain du Festival de Wallonie: un rôle qu'il prend très au sérieux.
Comment avez-vous choisi les œuvres pour le Festival de Wallonie ? Claire Ringlet m'a présenté la thématique et je lui ai proposé une série d'œuvres. On a ensuite géré les contraintes de lieux – on ne fait pas ce que l'on veut avec un orgue – et on a tenu compte des souhaits des divers responsables artistiques.
C'est ainsi que vous serez à l'orgue avec les Agrémens, mais pas pour un concerto de Händel. Notre programme a été conçu sur d'autres bases. Il nous parle d'amitié. Telemann était le parrain d'un des fils de Bach, Haydn était un ami de Mozart. Nous voulions aussi lancer la jeune alto Julie Bailly. J'enseigne l'orgue à l'Imep ; il me semblait donc logique de me produire sur cet instrument au Festival de Namur. Et nous reprenons le même programme à Saint-Hubert.
À Stavelot, on exécutera vos « Images » conçues pour la formation de la sonate en trio de Debussy.
On m'avait demandé d'écrire quelque chose pour cette formation instrumentale (flûte, alto et harpe). À première vue, on croit que le répertoire est restreint. À l'examen, on constate qu'il existe plus de 300 pièces ! Pour moi, cette commande fut un réel plaisir, même si, très vite, j'ai dû me rendre compte que c'était tout sauf simple. Debussy s'était en fait montré très aventureux. L'alchimie entre les trois instruments est très complexe : l'idée va de soi, mais l'éventail disponible est très vaste.
Vous initiez également un dialogue orgue-clavecin. Oui, mais ils se répondront, et ne joueront pas en même temps. Il existe peu d'œuvres écrites dans cet esprit. Au XIXe siècle, on a parfois associé l'orgue de salon au piano. En fait, on ne retrouve les deux instruments ensemble que dans le continuo. J'ai eu comme élève à l'orgue, quand il avait 7-8 ans, un jeune claveciniste, Julien Wolfs, qui a été remarqué l'an dernier au Concours de Bruges. Ainsi est née l'idée de donner un récital ensemble.
Froberger en sera la plaque tournante. C'est lui qui a fait connaître en Allemagne une masse de musiques : celle de son maître, Frescobaldi, ou de ses amis, Weckmann et Louis Couperin. On peut dire que c'est de lui que Bach a recueilli l'héritage italien. Il s'est passé quelque chose d'incroyable à cette époque : une rencontre entre le côté théâtral venu d'Italie et la science rhétorique développée en Allemagne du Nord qui a complètement bouleversé la musique d'orgue. Et, paradoxalement, pas tellement celle pour clavecin, qui est restée plus proche du goût français que des affeti italiens. C'est tout cela que nous allons essayer de montrer à Villers-la-Ville.
Je reviendrai en partie à ce répertoire pour mon récital d'orgue à Liège, qui reprend un peu l'histoire à l'envers. Partons de Bach et voyons comment on a pu en arriver là. Au Nord, tout part de Sweelinck, avec ensuite Weckmann, Scheidemann, Froberger et, dans sa foulée, Frescobaldi. Et pour terminer, un organiste liégeois… Bernard Foccroulle.
– Les 5 (Namur) et 6 juillet (Libin) : Bach, Telemann, Haydn, Mozart ; Bailly, Mernier, Les Agrémens, Van Waas. – Le 14 juillet (Stavelot) : Debussy, Mernier, Ravel ; Yves et Vincent Cortvrint, Lavoisier. – Le 5 octobre (Villers-la-Ville) : Frescobaldi, Sweelinck, Froberger ; Wolfs, Mernier. – Le 12 octobre (Liège) : Sweelinck, Frescobaldi, Weckmann, Froberger, Scheidemann, Foccroulle ; Mernier.www.festivaldewallonie.be